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Sillages Humanitaires, André-Jean Le Floc'h

14,94 €   

Format 15 x 21 cm,
138 pages,
4 pages couleur de photographies.
100 illustrations couleur et noir & blanc.
Écrit par André-Jean Le Floc'h.

L'intégralité du prix hors taxe du livre, est reversé à l'association humanitaire : « Sillages »

EAN: 9782909557502

Plus de détails

Aidons les plus démunis

« C'est l'histoire d'une espèce de Père Noël. Dans sa hotte, il y a des bateaux et des filets. Avec amour et patience, il les emporte vers des populations démunies et leur explique comment s'en servir. Oh ! les pêches ne sont pas toujours miraculeuses, mais elles suffisent pour que les villages, hier abandonnés à la famine, puissent subvenir à leurs besoins. Dans les quelques pages qui suivent, André raconte simplement ses confrontations avec les misères du monde. »

Les histoires de André le Floc'h se lisent d'une traite, car elles sont pleines de vie et d'amour. Elles montrent que, loin des grands discours, des vœux pieux ou des subventions pharamineuses, les œuvres humanitaires suivent les sillages d'une poignée d'hommes passionnés.

Avec une verve et une franchise étonnante, André Le Floc'h raconte ses périples autour du monde, emportant auprès des plus démunis des bateaux promis à la casse, du matériel de pêche au rebut, mais aussi en incitant les villageois à se former et à transmettre leur savoir.

L'association n'intervient qu'à la demande. Elle a reçu le prix de la CRAM en 1994 et a été nominée au prix de la Coopération Internationale en 2000.

L'intégralité du prix hors taxe du livre, est reversé à l'association humanitaire : « Sillages »

Préface

J'ai connu André Le Floch l'été 1987 dans des circonstances dont le souvenir, aujourd'hui encore, me bouleverse. Nous participions, lui comme marin et moi comme journaliste, à une opération de sauvetage des boat-people. Pendant plusieurs semaines, en Mer de Chine, au large du delta du Mékong nous scrutions la mer, tantôt depuis la passerelle du vieux Rose Schiaffino, tantôt depuis un hélicoptère.

Le vieux roulier habitué des crachins d'Ostende et de Ramsgate était pour son dernier voyage l'arche des Médecins du monde. En une campagne de trois mois, nous avions recueilli près d'un millier de rescapés. L'histoire de chacun d'entre eux pourrait être sujet de roman.

Un souvenir me revient entre mille : c'est l'histoire d'une jeune fille d'une vingtaine d'années nommée Diep. Dix fois elle quitte son village en espérant pouvoir prendre la mer mais sept fois les passeurs se contentent de lui voler ses quelques taels d'or sans lui trouver d'embarquement. Mais elle est obstinée. Elle veut absolument rejoindre l'Occident pour être opérée des yeux. La première fois qu'elle peut glisser dans un boat-people, son embarcation est surprise par les garde-côtes qui tirent à la mitrailleuse. Des dizaines de ses compagnons meurent. Pour elle, c'est la prison. Elle est enfermée pendant un mois avec trente-sept autres candidats à l'exil dans un conteneur de 12 mètres carrés, chauffé à blanc par le soleil. La barque de sa seconde tentative est si pourrie que sitôt quitté le Mékong, pilote et mécanicien gagnent la rive à la nage abandonnant leurs cent passagers bientôt livrés aux requins et aux serpents de mer. Diep nage plusieurs heures. À la nuit tombée, elle décide d'en finir. Elle prie et se laisse glisser, mais un cadavre dérivant entre deux eaux l'empêche de couler. Elle l'épouse jusqu'au matin et l'abandonne en apercevant au loin une grappe de rescapés agrippés à une épave. Il lui faut une heure pour arriver à leur portée. Le groupe sait que leur planche de salut ne supportera pas une naufragée supplémentaire. Ils se liguent donc et tentent de la noyer. Mais l'épuisement est général. Ils n'y parviennent pas. Ils sont sauvés par un bateau de pêcheurs-soldats vietnamiens et c'est le retour au conteneur-prison. Quelques semaines plus tard c'est la troisième tentative. Son embarcation de fortune descend le Mékong. Elle guette chaque mouvement d'ombre, chaque lumignon, chaque cri d'oiseau, chaque clapotis de poisson-chat. Voici Cho-Long-Xuyen à droite. Silence. Puis Tan-Than de l'autre côté. Pas de patrouille. Les ramifications de Fong-Fu, puis le confluant de Mae-Bat et enfin Kua-Batak et la mer. C'est ici qu'à chacune des tentatives antérieures le malheur est survenu. Mais cette fois le Rose Schiaffino veille.

Cette histoire est sœur jumelle de mille autres. Quand, accroupi sur le pont du roulier, l'un ou l'autre des réfugiés s'abandonnait à des confidences, on l'écoutait, bouleversé, les yeux embrumés. On ne passe pas des jours et des jours à communier avec des rescapés et leurs récits de malheurs extrêmes sans se sentir liés à jamais avec cette communauté de marins et de médecins au cœur chaque jour mis à nu. Le voyage du « Rose » s'achevait à Rouen quelques semaines plus tard. C'est alors que s'est exprimée l'inimaginable ingratitude. Les héros anonymes du vieux roulier ont été « remerciés » - au sens de licenciés - par leur compagnie. Avec dans la bouche l'amertume des choses qui s'achèvent, leur mission et leur vie professionnelle, l'équipage a fait ses valises et chacun s'en est allé, désemparé, vers une vie désormais voué à la banalité habituelle.

Banalité - Pas pour André. avec sa silhouette massive et sa barbe de Dieu-le-Père il a regagné sa presqu'île de Crozon. Il put alors comme dit le poète « vivre entre ses parents le reste de son âge », mais il a choisi de reprendre très vite son bâton de pèlerin. André n'est pas de ceux qui refont chaque soir le monde au bistrot du port. Il n'est pas non plus de ceux qui portent les sacs de blé humanitaire devant les caméras. Mais il a compris, une fois pour toutes, que si on offre du poisson à un pauvre on lui donne à manger pour un jour. Si on lui apprend à pêcher il sera capable de se nourrir toute sa vie.

Or, la pêche, André connaît : c'est son métier. Et c'est ainsi qu'il se débrouille pour récupérer un vieux bateau de Grandchamp voué à la démolition par l'absurde politique européenne des pêches. Craignant que le nombre des navires sillonnant les zones de notre monde de nantis ne fasse disparaître la ressource, il était décidé, au début des années quatre-vingt-dix, de démolir des flottilles entières. La France a cassé jusqu'à 1 000 bateaux en une année. Or, pendant ce temps-là, le long de rivages moins prospères, des populations entières meurent de faim par manque de bateaux, de filets, d'hameçons. L'injustice est top flagrante. André se mobilise, ce bateau condamné de la côte Normande, il le transporte en Tanzanie, à Dar-es-Salaam. C'est une véritable odyssée que le voyage de ce navire qui porte le nom de Chant des sirènes. plus tard André met le cap sur la Mauritanie. Là-bas, ce sont des enfants des rues qu'il faut sortir du désœuvrement. André fait construire par des jeunes de Douarnenez, un doris pour leurs amis inconnus d'Afrique. En quelques années, certains de ces jeunes Africains deviendront de bons pêcheurs.

André reprend alors la route et met le cap sur Haïti. Ici, c'est une coopérative, forte d'une soixantaine de pêcheurs, que parvient à créer André.

Ainsi va la vie de cette espèce de père Noël. Dans sa hotte il y a des bateaux et des filets. Avec amour et patience il explique aux populations les plus démunies comment s'en servir. Oh ! Les pêches ne sont pas toujours miraculeuses mais elles suffisent pour que les villages hier abandonnés à la famine puissent subvenir à leurs besoins. Dans les quelques pages qui suivent, André raconte simplement ses confrontations avec les misères du monde. D'où lui vient ce besoin viscéral de venir en aide ? Il ne le sait pas vraiment. Sa vie de marin lui a fait croiser tant de douleurs ! Mais il n'est pas impossible que sa vocation se soit affermie lors d'un certain séjour d'été 1987, au large du delta du Mékong.

Daniel Hillion
Journaliste à Ouest-France et Le Marin



Avant propos

Quand m'est-il venu ce besoin de venir en aide ?
Je ne saurais le dire.
Peut-être ce matin d'avril, lorsque j'ai vu au ras de l'eau des dizaines de têtes émerger d'une embarcation et qu'au-dessus, sur un chiffon blanc étaient peintes grossièrement les trois lettres symboliques : S.O.S.
C'était en mer de Chine en 1987, j'étais de quart, sur la passerelle du Rose Schiaffino affrété par Médecin du Monde pour secourir ceux qu'on a appelés les Boat-People. Combien étaient-ils sur leur canot à la dérive depuis plus d'un mois, est-ce que je sais ? Je ne voyais que des gens aux yeux fiévreux, apeurés, trempés, affamés, à cette limite terrifiante entre un peu de vie et beaucoup de mort.

Ou bien cette soif m'est-elle venue, lorsqu'en 1980 à Port-Soudan au bord de la mer rouge, j'ai vu des petits enfants mâchonner du carton pour calmer leur faim.

Ou encore était-ce à Hodeida en 1981 où mes yeux ont croisé ceux d'un homme en haillons, pieds nus, tournant comme un animal domestique, dans une petite tranchée autour d'une meule à grains, il mordait un morceau de bois. Le dos harnaché d'une corde, il marchait, il marchait, tête branlante, pas après pas, creusant un sillon autour de la meule. Le sillon faisait près de vingt centimètres de creux, mais certes il devait être moins profond que le creux de son ventre ?

De ce malheureux mangeur de bois, je n'oublierai jamais ce triste regard.

Quel que soit le port où nous accostons, de pêche ou de commerce, nous marins, sommes souvent des spectateurs privilégiés de scènes comiques ou dramatiques, mais aussi de la pauvreté, de la misère toute nue des esclaves.

Quand le touriste voit à l'étranger le bon côté des pays visités, hôtel, palace, commerces de luxe, prostitution parfois, le marin lui rencontre l'autre face, celle des terres et des populations misérables des bidonvilles.
C'est probablement cette foison d'images brûlantes qui est à l'origine de ma seconde vocation, c'est-à-dire l'humanitaire.

André-Jean Le Floc'h

Sommaire 5
Préface 7
Avant-propos 11


1. Associations Agir ABCD et Le Sillage 13
2. Le Chant des Sirènes 17
3. Les Jeunes d'Arguin 48
4. La coopérative de Phaéton-Paulette 64
5. De l'Est à l'Ouest de Madagascar 80
6. Fraternité et Solidarité 97
7. L'Anne-Marine 111


Conclusion 123
Épilogue 131
Remerciements 136
Bilan de l'Association 137